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mercredi 27 novembre 2013

Il était une fois des pressoirs




Au XIIe siècle, des vignobles recouvraient l'Est parisien au hameau de Menil Mautemps, à la ferme de Savies et, plus au sud, à Catarona (Charonne). Au XVe siècle, le médiocre cépage du guinguet remplacera ces crus renommés de l'abbaye de Saint Martin des Champs. Pour presser les grappes, il suffisait d'aller au pressoir de Saint Martin près de l'actuelle rue du Pressoir, au pressoir du gibet non loin de la place du Colonel Fabien, à la ferme de Savies ou à Charonne.
Dès 1820, un afflux de population conduisit les propriétaires vignerons à morceler leurs parcelles et à les lotir en créant un passage (Ronce) ou une impasse (du Pressoir, Coulon, Célestin, des Couronnes) bordés de bicoques de chaque côté. Les vignes disparurent totalement lors de l'annexion des quartiers périphériques à Paris en 1860. Restèrent les guinguettes et cet entrelacs de maisons, courettes, passages et impasses. Aujourd'hui, la rue du Pressoir et celle des Vignoles, qui a perdu la lettre b, perpétuent le souvenir de ces vignerons, ainsi que le petit blanc savoureux issu des cépages du jardin de Belleville.

(Source : L'ami du 20e, n° 685)

jeudi 8 août 2013

Maraîchage urbain


Au pied du 9 de l’allée Georges Rouault, aromates, fruits et légumes attendent d’être dégustés.




Tout est parti d’une demande du conseil syndical, il y a plus de cinq ans, requérant des habitants du Pressoir des suggestions d’amélioration des espaces communs et des espaces verts. Olivier Chaïbi, qui habitait du côté de la rue Julien Lacroix avait répondu. « J’avais émis l’idée de faire un jardin partagé ou un petit maraîcher ou quelque chose comme ça, en insistant sur les effets vertueux que ça avait sur les espaces communs, le côté transgénérationnel que cela pouvait avoir, des enfants jusqu’aux grands-parents ». Trois ans plus tard, la réponse, positive, s’inscrit dans un plan global des jardins. Une bande de terrain lui est octroyée dans la cour du haut.

Certes, ce terrain n’était pas le plus beau. C’était même l’un des coins les plus sales du jardin malgré de récurrents nettoyages : une pelouse recouverte de crottes de chiens, de mégots de cigarette et de sacs de déchets jetés par les fenêtres. Le degré d’ensoleillement y est maximal, accentué par la réverbération des mosaïques en façade de l’immeuble. Et avec les parkings en dessous, la terre sèche très rapidement. Si le fait que le sol ne gèle jamais est un avantage, l’inconvénient est qu’il faut l’arroser très régulièrement.


Une première information est alors donnée dans les boîtes aux lettres, histoire de sensibiliser quelques résidents à cette nouvelle initiative. Quelques familles sont venues planter des petites graines. Puis elles sont revenues ainsi que d’autres familles. Sur les trois ans d’existence que compte le potager partagé du Pressoir, une centaine de famille y a manié de la bêche, de l’arrosoir ou arraché les adventices.

Depuis ce temps, des résidents passant à côté y vont de leur petit conseil, de leur envie, voire amènent un pied à planter. À chacun son petit rêve dans ce bout de potager. Élodie Richard, qui réside du côté de la rue du Pressoir, est là depuis le début. Dans leur maison de campagne, ses parents entretiennent un potager. « C’était l’occasion  de montrer aux enfants citadins comment poussent les végétaux, mais aussi de le faire dans la résidence, le côté partagé. C’est vraiment un peu l’esprit communautaire que j’apprécie », conclut-elle.



La gestion du potager reste très libertaire : chacun peut venir, planter des graines ou un pied, ou simplement récolter les produits du potager.  La première année, la terre était fertile et bien retournée : les graines ont donc pris de manière favorable. Elodie Richard avait ainsi planté des framboisiers qui ont donné l’année suivante de beaux plants, très appréciés des enfants (mais pas seulement !). Puis la terre s’est épuisée.  « Depuis quelques années, je constate que même avec beaucoup d’efforts, en mettant du compost ou en retournant régulièrement la terre, c’est dur de faire prendre directement les graines », souligne Olivier Chaïbi. Ce sont les semis préparés chez soi et montés dans les appartements ou dans d’autres jardins qui, aujourd’hui, prennent racine très facilement. Ainsi d’un pied de tomates, arrivé déjà debout à l’inverse des graines qui, elles, n’ont jamais réussi à sortir de terre. Toutes les herbes aromatiques qui occupent, pour certaines d’entre elles de beaux espaces allant jusqu’au mètre carré, sont arrivées, elles aussi, arrivées dans des petits pots : romarin, sauge, oseille, menthe, ciboulette… L’oseille est bio et de Belleville. Trois variétés de menthe sont présentes. Pour la sauge, les utilisations culinaires paraissent peu variées au premier chef : sauces pour les rôtis et tisanes au goût marqué. En fait, il en existe beaucoup d’autres à tester. Pour l’un des résidents du Pressoir qui observe depuis trois ans ce potager, cet emplacement est d’ailleurs idéal pour les herbes aromatiques.



Les radis et salades plantés n’ont en revanche pas été récoltés. « Au départ, c’était des graines et on les a laissées monter en fleur, se souvient Olivier. Les graines sont retombées et ça a donné à nouveau des radis et des salades qui sont de nouveau en train de monter en fleur parce que les gens ne les ramassent pas. Et ça repart comme ça. »
Les plants poussent ou meurent, sont ou non récoltés. La gestion relève du plaisir et non d’un objectif rationnalisé de jardinage. « C’est évident qu’on n’est pas des pros de la productivité. C’est un peu trop anarchique comme gestion », conclut le fondateur.



En plus de disposer toute l’année de plantes aromatiques qui s’adaptent fort bien à ce terrain ensoleillé et sec, ou quelques mois par an de petits plaisirs pour les papilles, telles les framboises et les fraises, ce potager partagé présente de nombreux avantages. Il a ainsi permis de revaloriser cette parcelle d’un point de vue esthétique à peu de frais. L’absence de planification et la gestion anarchique des plantations et des récoltes font que même en hiver, le potager conserve un aspect garni. L’une des voisines habitant du dessus est aussi venue exprimer un jour sa satisfaction de pouvoir désormais ouvrir ses fenêtres sans voir de mouche passer des matières fécales canines à chez elle. Aujourd’hui, elle peut observer le ballet de coccinelles qui passent de la prairie en fleur mitoyenne aux plantes du potager et les allers et venues des gendarmes, ces grands fossoyeurs des jardins aux habits rouges et noirs. En parallèle, les enfants, nés dans la ville, découvrent d’où viennent ces aliments qui garnissent leurs assiettes. Enfin, jardiner permet de relativiser le climat. « Là, beaucoup de gens se sont plaints de ce printemps pourri où il pleuvait énormément : le jardin n’a jamais été aussi beau et on n’a pas eu besoin de l’arroser », explique Olivier Chaïbi. Un printemps estival il y a quelques années fut en revanche un calvaire pour le potager qu’il fallait arroser en permanence. « Ça a été l’année où on a eu le jardin le moins joli », se désole-t-il.

Trois ans déjà, et ce potager partagé de la cour du haut vient d’être renforcé par un second espace à vocation identique, dans la cour du bas. Pour l’instant, quelques plants paraissent isolés au pied du bâtiment rue Julien Lacroix. Nul doute que si les familles de la cour du bas s’y investissent, leurs enfants pourront bientôt déguster fraises, framboises et groseilles.



Pour l’instant, ces espaces ne sont partagés que par les habitants du Pressoir. Pas la peine donc d’aller les localiser dans la carte des jardins partagés de Paris ! Ces jardins ont signé avec la ville de Paris la charte Main verte ; ils ouvrent donc leurs espaces aux riverains du quartier et à se regroupent en association.

Un jour peut-être ? Qui peut prédire l’avenir de ces petits espaces où le temps défile sur un autre mode.





Textes et photos : Pascale Peignen

lundi 8 juillet 2013

Les trésors de la Maronite





Il y a encore un an, la quiétude de la librairie des Maronites était brusquement brisée lorsqu’une nuée de gamins investissait l’espace entre la photocopieuse et collaient leur nez devant la caisse aux trésors, des tiroirs en plastiques remplis de bonbons Haribo. Puis, dans un silence presque complet, ils attendaient leur tour, un œil rivé sur les adultes patientant devant la caisse et, de l’autre, comptant et recomptant les pièces que les plus grands d’entre eux tenaient entre leurs doigts. Aujourd’hui, mauvaise nouvelle pour ces titis du XXIe siècle : c’en est fini des bonbons. « Je n’ai plus de bonbons car je n’arrivais pas à tout faire, tout simplement », soupire Joseph Guichard. C’est de temps dont manque en effet le libraire-papetier-cartier-kiosquier du 35  rue des Maronites.




De fait, tout se vend au détail ici : du livre scolaire au dernier ouvrage de vulgarisation sur le boson de Higgs ; du dernier stylo dont rêvent les princesses de sept ans aux agendas ornés d’une couverture ouvragée qu’affectionnent les amoureux du papier ; du jeu à gratter au jeu à cocher de ceux qui rêvent aux grandes joies du hasard, surtout le vendredi ; des cartes d’anniversaire au papier-cadeau quand il s’agit d’agrémenter un petit cadeau ; de Charlie Hebdo à la revue de philosophie en passant par la presse enfantine pour le petit dernier, même dans sa poussette. Si vous cherchez bien dans les 60 m2 de la boutique, vous trouverez peut-être quelques jouets perdus dans les multiples rayonnages.




Toutes ces activités drainent des clientèles différentes mais complémentaires pour faire tourner la librairie. La presse, sa première ressource financière, fait venir la clientèle. Quand l’école maternelle des Maronites a fermé, c’est autant de parents qui ne venaient plus acheter leur quotidien. « Ça nous a fait un coup dur sur l’instant », souligne Joseph Guichard. La baisse fut longue à recouvrer. Seconde brèche dans les ventes de la librairie : « la fermeture de la Cité nous a posé énormément de soucis car on a perdu la clientèle d’une grosse partie de la rue des Couronnes. On a mis plusieurs mois, voire plusieurs années à nous en remettre », se souvient-il. Ces clients ne traversaient plus la résidence du Pressoir.




Pour pallier ces pertes, la librairie étoffe ses produits et ses services. Il est toujours possible d’y commander les ouvrages les plus improbables, y compris en anglais, par email et pour l’établissement scolaire du quartier dans le cadre d’ensembles uniques.  

Peu après la pose de la clôture, la librairie est aussi devenue un point-relais pour les colis. « Les gens ont pris l’habitude de commander et de se faire livrer ici. Certains ont déménagé, mais ils continuent de se faire livrer ici parce qu’ils nous trouvent sympathiques ». Il faut de même s’adapter à l’ère du temps. Auparavant, il y avait deux pics dans l’année : lors de la rentrée scolaire et à Noël. « C’est une période où l’on travaillait énormément auparavant. Les gens offraient des stylos et de la belle papeterie ». Aujourd’hui, le seul mois de septembre nécessite la présence de deux personnes. La population du quartier a changé, et Joseph Guichard en est le premier témoin : plus jeune, plus aisée ; c’est ainsi qu’il la perçoit.

Il s’adapte et ne regrette rien. Quand il a acheté il y a vingt ans, il habitait en banlieue et cherchait à acquérir une librairie. Les précédents propriétaires changeaient d’activité, le potentiel de la librairie et sa surface lui convenaient ; l’affaire fut conclue en juillet 1993. Joseph Guichard n’a pas immédiatement vu que sa boutique était accolée à la résidence du Pressoir, qu’il continue d’appeler la Cité même s’il ne la connaissait pas avant la vente des appartements aux locataires qui les occupaient. Une fois la résidence et ses jardins découverts, il aurait bien aimé y acheter un appartement. Mais il y a des priorités, et la librairie en était une. Cependant, il apprécie cet environnement et cette ambiance qu’il ne retrouve pas dans le quartier où il habite.




Les habitants, eux, continuent de venir : 30% environ de sa clientèle est issue de la résidence. Il connaît chacun d’entre eux, l’accueille par son nom, sait quels sont ses goûts, lui demande des nouvelles de la famille, le tout avec un sourire dont il ne se départit jamais, même lors des pics de fréquentation, le samedi matin par exemple.

La librairie des Maronites est ouverte du lundi au vendredi, de 7h30 à 19h avec une pause entre 13h et 15h, et le samedi, de 7h30 à 12h30.

Pascale
Photos : Séraline, sauf mention particulière
Avec l'aimable participation de Fiona, Luna.

jeudi 27 juin 2013

Ces Héros de la rue des Couronnes


Il y a ceux qui ne vivent que pour le balboa, le lindy hop et autres danses américaines des années 20 ; pantalons cintrés pour les hommes, frange à rouleaux et jupe virevoltante pour les femmes sont de rigueur dans tous les festivals du genre. D’autres se passionnent pour les subtilités de la vie moyen-âgeuse en reconstituant l’intégralité du mode de vie médiéval durant leurs week-ends.

Au 38 bis de la rue des Couronnes, vous ne croiserez ni danseur au mollet bondissant, ni chevalier en armure. Au Kame House café, l’imaginaire est roi et se traduit par un univers entièrement consacré aux héros et héroïnes de la culture japonaise.




50 ans exactement après la livraison des premiers bâtiments de la résidence du Pressoir, en avril dernier, Michel a ouvert ce lieu dédié au Cosplay. Originaire de Montreuil, connaissant bien le 20e et appréciant particulièrement cet arrondissement, c’est ici qu’il a souhaité assouvir sa passion en dehors de son métier.

Mot issu de la contraction des mots anglais costume et playing, le cosplay consiste à s’habiller comme son héros de manga, de dessins animés, de films d’animation ou réels, ou de jeux vidéo. Ce mouvement s’est étendu aux héros américains, les superhéros et les méchants des comics. Être cosplay, c’est aussi jouer son personnage.




Depuis cinq ans, Michel joue donc le rôle de Kame Senin, connu en France sous le nom de Tortue Géniale, dans la série Dragon Ball. D’où cette petite barbe caractéristique de ce grand maître d’arts martiaux qui fit le bonheur d’enfants et d’adolescents dans les années 80. « Et c’est une affaire de famille », précise-t-il. Femme et enfants ont chacun adopté le costume et le rôle d’un personnage.





Au Kame House café, « le premier en Europe » souligne Michel, le client a 15, 20 ans voire plus : Michel en a accueilli qui frisaient les 60 ans. Attablées devant un soda, puisque l’établissement ne vend pas d’alcool, ou dégustant une petite soupe pour un prix modique, les répliques de Hatsune Miku et de Naruto peuvent chanter en karaoké, lire des mangas, jouer aux cartes voire se défier au jeu vidéo, comme ce fut le cas le 11 mai dernier au concours Naruto Storm 3 sur X box 360. Peu d’habitants du quartier y viennent pour l’instant, les clients étant principalement issus d’autres arrondissements et de banlieues. Mais que vous soyez cosplayé ou non, vous y êtes le bienvenu. On a vérifié !








Le Kame House café est ouvert de 17h à 20h les mardis, jeudis et vendredis, de 11h30 à 20h les mercredis, samedis et dimanches. Durant les vacances, ouverture tous les jours sauf le lundi de 11h30 à 20h.

Les événements sont annoncés sur Facebook et Twitter.



Interview : Sophie, Luna, Séraline, Fiona et Iris
Photos : Séraline
Écriture : Pascale